COLLEGIUM INTERNATIONALE SANCTI BERNARDI IN URBE
Père M.Augé - Clarettin
SPIRITUALITÉ DU MONACHISME ANTIQUE
(pro manuscripto)
Maison Généralice de l'Ordre Cistercien
Rome, septembre 2002
SPIRITUALITÉ DU MONACHISME ANTIQUE
Père M.Augé - Clarettin
I SPIRITUALITÉ CHRÉTIENNE
La spiritualité chrétienne est la le cadre, le piédestal de la spiritualité du désert.
- Aujourd'hui il y a une ambiguïté terminologique sur cette expression qui a pris naissance en France.
Vie spirituelle - Ascèse - Mystique - Piété - Perfection - Sainteté - sont des termes qui se trouvent
dans les documents de l'Église et qui soulignent les aspects de la spiritualité chrétienne.
- Vie spirituelle chrétienne couvre encore plus de concepts, comme une
méthode qui rappelle les définitions d'un dictionnaire.
- Ascèse : concept fondamental du monachisme primitif - du grec
askêsis = exercice - celui qui s'exerce, c'est l'effort méthodique pour arriver à un but. Cela s'applique
à plusieurs disciplines : physiques ou intellectuelles. Par dérivation cela s'applique aussi à l'esprit,
surtout chez les stoïciens. On rencontre ce terme seulement une fois dans le Nouveau Testament chez saint
Paul : Je m'efforce de garder une conscience irrépréhensible devant
Dieu1. Il faut noter que des synonymes
apparaissent dans ses lettres. La spiritualité chrétienne est un exercice constant dans la domination des
passions, afin que l'Esprit-Saint puisse, par sa force, venir au secours de notre faiblesse.
- Mystique : terme employé d'abord comme adjectif dans les premiers
textes bibliques, liturgiques et spirituels dans le sens d'une lecture de foi de l'Écriture. Il est employé
en liturgie pour signifier la profondeur de l'expérience que peut vivre le chrétien dans le sacrement, dans
un contexte liturgique. C'est seulement au XVIIème qu'il devient un
substantif, (le péril est qu'il est une expérience sans fondement). La mystique relève de la confiance en Dieu,
du repos en Dieu sous le regard du Saint-Esprit. Ceci se trouve en principe dans tout genre de vie spirituelle.
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1 Ac 24, 16.
- Ascèse + Mystique : très usitées pour la réalité de la vie chrétienne. La réalité de la vie spirituelle
est bien plus complexe.
- Piété : se trouve dans le Nouveau Testament, dans les lettres pastorales de
saint Pierre, dans la 2ème lettre 4 fois2.
La piété est une exigence fondamentale qui appartient à l'essence de la vie chrétienne : vivre en Jésus, imiter
le modèle qui est Jésus. C'est l'expression de la vie chrétienne en entier - au XVIIIème, la référence au Christ n'existe plus, mais plutôt un sentiment individuel, pieux ; ce
terme est appauvri de son sens premier qui est d'imiter Jésus. Pius - Pietas = style idéal de relation
qui se réalise dans le milieu familial entre père et enfants et enfants et parents. Puis dans le christianisme
cela signifie la relation entre Dieu et ses enfants. La piété est la manière juste, adéquate de nous comporter
avec le Seigneur, c'est à dire la manière de vivre Jésus.
- Dévotion : terme utilisé depuis longtemps dans les religions païennes :
action par laquelle une personne se consacre aux divinités, plus tard c'est l'action par laquelle un civil
se dédie au service de l'Empereur auquel il voue : fidélité, respect, obéissance ; il se donne pour une
cause. "Devotus" ne tarde pas à exprimer les notions de : se consacrer, faire un vœu envers quelqu'un,
se donner. Transféré dans le langage chrétien, l'objet de la dévotion est la réalisation des pratiques, le
service de Dieu par l'obéissance, et la dévotion devient le rituel extérieur qui exprime une dévotion intérieure.
Dans les textes antiques de la liturgie romaine, on trouve par exemple dans saint Léon le Grand le sens
objectif : " reçois ma dévotion".
Au second millénaire la dévotion intérieure prévaut, dévotion qui peut-être un sentiment.
- Perfection : c'est l'Œuvre de Dieu selon la Bible, servir Dieu avec
un cœur entier, comme Abraham auquel Yahvé dit : marche en ma présence et sois parfait3. C'est un ordre de Dieu dans l'Ancien Testament. Dans le Nouveau Testament : l'homme doit
s'ouvrir au règne de Dieu, et la perfection à laquelle nous sommes appelés est la perfection de l'amour
dans l'attente du retour de Jésus sur terre. Il faut une attention continuelle à la perfection : toutes
les dimensions
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2 2 P. 1,3 ; 1,6 ; 1,7 ; 3,11.
3 Gn. 17,1.
humaines doivent grandir dans la perfection, c'est un chemin qui ne connaît pas d'arrêt, qui s'oriente
vers la perfection de Dieu.
- Sainteté : Selon l'Ancien Testament, Dieu le Saint est indicible,
d'une autre dimension, Il est source de toute bénédiction et perfection. Le Saint d'Israël est le Sanctificateur :
Vous serez saint car le Seigneur votre Dieu est saint4. Par la foi
et le baptême nous participons à cette sainteté objective. Toute l'Église est le lieu de
l'Esprit-Saint3. L'appel à la sainteté de la vie chrétienne, à l'action
de Dieu par le Saint-Esprit, nous configure à Jésus, la sainteté à atteindre.
- Spiritualité : Terme né dans le milieu français, qui évoque aussi la
théologie spirituelle, ce terme a ensuite été reçu dans toutes les langues. Terme choisi parce qu'il explique
mieux l'unité, l'opération et la finalité et les efforts de l'Ascétisme et de la Mystique pour atteindre le
but qui est la sainteté. Attention à ne pas l'employer en opposition avec la vie matérielle ! Saint Jean et
saint Paul parlent d'une vie nouvelle dans l'Esprit, en référence au don de l'Esprit-Saint. L'homme est créature
et non créateur, si l'homme oublie sa fragilité, il s'oppose au don de Dieu.
- Vie spirituelle : c'est un itinéraire de vie dans l'Esprit, dans une
fidélité continuelle au don du Saint-Esprit, sans passivité. Cet itinéraire contient l'ascèse, le don de
soi, une recherche de la perfection. L'expression Vie spirituelle contient tous les termes étudiés, on peut
la définir comme un itinéraire de vie dans l'Esprit qui conduit à la perfection. (Ne pas oublier le sens de
perfection : perficere = mener vers son achèvement, ce qui ne sera pas terminé en ce monde !)
Dieu donne l'Esprit-Saint et les sacrements. La vie spirituelle est théocentrique,
christocentrique, pneumatique, ecclésiale et sacramentelle, elle nous unit au Christ donc elle est eschatologique.
La vie spirituelle a pour but de réaliser l'idéal de la vie chrétienne. Elle devra être théocentrique, mettre en branle l'histoire sainte, c'est à dire Dieu lui-même. Elle est christologique et pneumatique. Le but du Père est de communiquer sa vie. Cela s'est réalisé en Jésus-Christ, unique
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4 I Pe. 1,16 citant Lv 11,44.
5 Rom 15,16.
Médiateur. Par la volonté du Christ, sa mission propre se réalise par le Saint-Esprit et les sacrements de la foi. La spiritualité chrétienne doit être sacramentelle dans une prospective (anticipation) eschatologique. Donc le théocentrisme, le rôle du Christ et du Saint-Esprit et des sacrements, font partie de la vie spirituelle du monachisme antique.
II LE MONACHISME ANTIQUE :
- Quand nous parlons du monachisme antique, nous parlons des premiers siècles jusqu'à saint Benoît. Une nouvelle
étape est l'idéal de saint Benoît.
Le monachisme antique est une fuite au désert faite de luttes intérieures, individuelles, mais à caractère
public car c'est une manière de professer la foi. La vie monastique, abandon physique du désert, est une
référence continuelle au désert. Dans l'histoire de la vie consacrée, le désert a un caractère transitoire
et pédagogique : il est la mémoire, le symbole de la vie consacrée. Il rappelle l'exode du peuple au désert
avec Moïse, l'expérience du peuple d'Israël guidé à travers le désert vers le Sinaï. Dans le Nouveau
Testament, le désert a un contenu essentiel, 4 dimensions : de lieu, de temps, de chemin, de retour à
l'essentiel.
- Lieu. Le désert est une réalité négative opposée aux lieux habités,
opposée à la Terre Promise. Dans l'Ancien et le Nouveau Testament, il a une radicale négativité mais Dieu y
est plus présent que jamais, Il en est tout proche. Dieu s'y manifeste plus particulièrement. C'est un lieu
théologique plus que géographique, dans la Bible : lieu de la tentation, mais aussi de la rencontre avec Dieu.
Le désert : symbole de la condition humaine et de l'Église dans le monde. Il est un lieu de lutte, de
participation à la lutte de Jésus, de la formation des vrais chrétiens. C'est l'exode, le chemin d'épreuve,
il faut persévérer pour entrer dans la Terre Promise. C'est aussi le lieu de la résistance à Dieu, de
l'opposition à Dieu, dans la préférence de la sécurité au risque. Dans tous les hommes, dans tous les cœurs
humains il y a la tentation de s'échapper de la situation dans laquelle