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Chapitre IV

L'autorité

A. Panorama historique

Nous essaierons maintenant de situer dans le contexte historico-ecclésiastique la notion bénédictine de l'autorité. Wathen utilise à cette fin, deux articles qui peut-être ne nous procurent pas une solution immédiate, mais nous ouvrent un horizon un peu plus vaste :

Y.CONGAR, Power and poverty in the Church, Baltimore 1964

P.ROUSSEAU, The spiritual autority of the monkbishop: easten elements and the fifth centurier, dans Journal of Theological Studies 22(1971)380-419

Congar

Le livre de Congar qui traite de la notion d'autorité et de sa pratique dans l'église, malgré les simplifications, semble pouvoir être toujours utile.

Selon Congar, la notion d'autorité est historiquement déterminée, c'est pourquoi il faut regarder l'histoire.

Dans la première partie, il donne rapidement un coup d'œil à l'évolution de la notion d'autorité, divisée en trois périodes :

1. L'église des martyres et du monachisme (jusqu'au Xème siècle)

2. Du Moyen Age au Concile de Trente

3. De la période postridentine à Vatican II




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Première période
La première période pourrait se diviser en deux étapes :
- jusqu'à la paix de Constantin (période des martyres)
- période monastico-catholique

Dans ces phases, la notion d'autorité est presque identique et comprend trois valeurs :

  1. Une insistance très forte sur la nécessité de l'autorité dans l'Église, que personne ne met en doute d'une manière formelle. Congar fait référence aux Pères de Église :
    Ignace d'Antioche
    Cyprien de Carthage

Souvenons-nous que, selon A.BORIAS., L'influence de S.Cyprien sur la règle de S.Benoît, dans Revue bénédictine 74(1964) 54-97, Benoît doit beaucoup à Cyprien.

























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  1. L'autorité était attachée à la communauté. L'assemblée des fidèles était vue comme la réalité première. On peut citer, à ce propos, la première lettre de Clément aux Corinthiens, qui était en réalité une lettre de la communauté de Rome à celle de Corinthe : c'est l'Église autour de son chef, sans qu'elle ne soit jamais mentionnée.

  1. L'autorité ecclésiale avait un caractère spirituel qui pourrait se définir quasiment de charismatique, non pas dans le sens sociologique moderne, ni dans celui qui est en usage chez les protestants, mais dans le sens biblique de "charisme".

Après la paix de Constantin, ces éléments étaient toujours très vivants, mais un développement vers des notions postérieures commençait déjà : c'était une période de transition. Par exemple Grégoire Le Grand dans un sermon affirme :

" Je vous ai donné cette interprétation (des paroles de l'Écriture) mais si quelqu'un en a une autre, qu'il la dise aussi, parce que nous sommes tous instruments de la vérité (nos omnes organa veritatis sumus)

CONGAR résume cette période ainsi :

"Ce n'était pas une question de pure organisation juridique, mais d'une communauté d'hommes croyants qui priaient ensemble, jeûnaient, demandaient de l'aide, luttaient pour la victoire finale du Christ ressuscité. En raison de cela l'autorité devait être une puissance spirituelle.

Mais déjà dans cette période, des signes de division entre autorité et communauté commencèrent à apparaître. Par exemple aux Vème - VIème siècles les clercs commencent à être vêtus d'une manière qui leur est propre et distincte des autres. Il est intéressant de penser à ce propos, aux insignes du pouvoir abbatial : la mitre, etc. dans la RB il n'y en a aucune insinuation, tandis que dans la RM on parle de l'abbé vêtu d'un pallium, c'est à dire d'un signe d'autorité.

B. La période médiévale

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Selon Congar, avec Léon XI et Grégoire VII une phase décisive commence. Le pape devient l'église totale ou presque. Lui seul détient l'autorité suprême. Ce développement était dû à la lutte contre le pouvoir impérial et cela était peut-être nécessaire. De même l'expression "vicarius Christi" acquiert un sens différent :

- avant elle avait un sens principalement sacramentel, ou plus exactement, d'ICONE = le personnage revêtu de l'autorité était une icône du Christ, parce qu'il était un "vir Dei".

- Maintenant l'autorité se change en une puissance divine : le pape, les évêques, les abbés sont des autorités qui ne sont pas mauvaises même pour les athées.

La nouveauté, selon Congar, est donc dans le légalisme qui avait perdu la référence à la liturgie et à la prière.

C .La période moderne

Après le Concile de Trente le concept de l'obéissance quasi aveugle s'est énormément développé parce que l'autorité humano-ecclésiale et divine s'étaient presque unifiées
Il y eut la mystique de l' "obéissance", principalement chez les jésuites. Avec le Concile de Trente on découvre une nouvelle notion de l'autorité.

















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A. WATHEN il semble que nous tous, les moines, nous sommes encore liés à la période médiévale, pour ne pas dire à la période moderne en ce qui concerne la notion d'autorité. Il est difficile de faire une réflexion sur l'autorité sans un sentiment d'anarchie et de révolution. Pour cela le livre de Congar est une invitation utile à la réflexion historique.

2. ROUSSEAU

L'article de Philippe Rousseau analyse, par contre, la notion de l'autorité chez des évêques comme Martin, Ambroise et Augustin. Dans ce but, il fait une recherche sur l'autorité monastique en Egypte (Antoine, Pachôme et d'autres), sur son origine et son fondement. Il semble que Rousseau ne distingue pas suffisamment bien entre les différentes traditions, mais son travail peut aussi être utile.

Les bases de l'autorité monastique, selon Rousseau, seraient celles-ci :

- l'autorité est en concordance avec la tradition, par conséquent elle est orthodoxe ;

- elle est un sage, riche en expérience, qu'il faut écouter avec confiance ;

- un ascète, doté de la "pureté du cœur ";

- c'est pourquoi il a une intuition, une perspicacité pour les choses de Dieu : il est un inspiré.

Selon Rousseau, trois facteurs sont à l'origine d'un changement dans cette notion, que nous pourrions appeler charismatique :

a/ le développement de la communauté apporte, en conséquence, la complexité et l'inter personnalité du fait de vivre beaucoup ensemble.

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b/ à mesure que quelques ascètes arrivent au presbytérat, avec une charge pastorale et un contact officiel avec les évêques

c/ surgit, alors, une littérature proprement monastique qui peut se substituer à l'autorité monastique,

De cette manière on démontre que l'autorité monastique aussi est influencée par les facteurs historiques, parce qu'elle vit dans l'histoire.

B. La terminologie
Examinons, maintenant, la terminologie de l'autorité dans la RB., qui peut être une préparation à l'analyse du chapitre sur l'abbé.

1. Autorité      dans la RM ne paraît pas;
dans la RB., seulement trois fois :

RB.,      9,8 autorité de l'Écriture
73,2 autorité des pères
37,1a utorité de la Règle




















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2. Arbitre (volonté, plein pouvoir) cinq fois dans la RB:

 RB.,5,12  à propos du moine qui obéit à l'abbé;
   dans les autres cas, il s'agit de l'abbé.

 RB.,3,5  "La décision dépend plutôt de l'abbé."

 RB.,39,6  " il appartiendra à l'abbé de juger s'il convient
   d'ajouter quelque chose" (à manger)

 RB.,40,5  "Le supérieur est habilité à juger" de la mesure
   de la boisson.
 RB., 65,11  "il convient de confier au jugement de l'abbé
   l'ordonnance de son monastère".

Dans la RM l'expression se rencontre souvent, par exemple :
RM.,92,10 à propos de l'obéissance de l'abbé à Dieu

3. Praeesse (présider) cinq fois dans RB.., toujours en référence à l'abbé :

RB.,
2,1-11 se trouve aussi dans RM
5,12 se trouve aussi dans RM
64,8 "prodesse magis quam praesse" "il saura qu'il lui faut plutôt servir qu'être servi"
68,2 "il soumettra avec patience et en temps opportun à son supérieur (qui sibi praeest). "

La RM utilise 8 fois ce terme, en faisant référence à l'extension des deux règles, cela semble peu.

4. Pouvoir

Ce mot est normalement utilisé pour se référer à l'autorité, nous le trouvons ainsi dans Basile en latin et dans Augustin. Dans RB nous le rencontrons 7 fois, dont 6 fois en référence à l'abbé :

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RB.,
39,6 "il appartiendra à l'abbé de voir s'il convient d'ajouter quelque chose"

54,3 "qu'il n'ait pas l'audace de le recevoir avant d'en avoir fait part à l'abbé"

56,2 "il pourra inviter ceux des frères qu'il voudra"

63,2 "il ne prendra aucune disposition injuste, comme s'il jouissait d'un pouvoir arbitraire"

65,6 "...a été institué..."

70,2 "...à moins que l'abbé en ait donné pouvoir"

Aucun de ces textes n'est semblable dans la RM., qui utilise souvent ce terme surtout dans la première partie. En échange :

- dans RB., potestas ne se trouve pas dans les chapitres qui traitent de l'abbé : RB.,2 et 64

- dans RM., dans les chapitres 87 et 89, il est utilisé en référence à la profession monastique : par elle le moine donne à l'abbé pouvoir sur sa propre vie,

- mais dans RB., 58,25 non seulement le moine n'a pas de pouvoir sur son corps, mais on ne dit pas que l'abbé l'ait, par contre il semble que c'est la communauté qui l'ait. RB.,58,23-26









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5. Utilité

On la trouve cinq fois dans la RB.; selon Congar, l'expression indique que l'autorité doit être au service du bien commun :

RB.,2,7 "le Père-de-famille tiendra pour faute du pasteur toute déficience qu'il trouverait dans ses brebis..."
RB.,3,12 "...mais s'il s'agit d'affaires de moindre importance"
RB.,35,.1-5 "le service des serviteurs de la cuisine"
RB.,55,12 "ils les rendront en bon état au vestiaire"

Conclusion :

- Quand nous pensons à l'autorité nous devons tenir compte que notre notion est historiquement conditionnée,

- plus encore, elle est fondée en relation avec la compréhension que nous avons de l'autorité,

- et de notre relation avec Dieu.





















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