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D. L'Abbé et la communauté

La notion d'abbé dans RB est très liée à celle de la communauté. Ce que nous venons de dire peut illuminer un peu la relation de l'abbé



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avec les moines ; examinons maintenant le vocabulaire et quelques titres qui se réfèrent à l'abbé et à la communauté.

1. Maître-disciple dans RM/RB

La RM insiste beaucoup sur le fait que l'abbé est un vrai maître, ce que l'on remarque "a priori", seulement en lisant les titres des chapitres; souvent on lit : le disciple demande… ; le Seigneur répond à travers le Maître...!

disciple se trouve dans RM 70 fois
maître            "              "       30 fois

A l'origine le nom du supérieur était dans la RM, "maître" ou "ancien"; le titre de "abbé" était un simple sous-titre, inadéquat. Il semble que ce fait classe la RM dans la tradition érémitique, dans laquelle la relation première était celle du disciple avec le père ; il n'y a aucune relation horizontale, communautaire dans la RM, on n'en trouve presque pas d'insinuation.

Dans la RB, les titres de "maître" et "disciple" se trouvent seulement dans la partie initiale, celle qui est la plus marquée dans la RM.

- maître est utilisé 5 fois dans la section du prologue.

- disciple 13 fois dans la section initiale et dans RB., 36,10

Nous pouvons arriver à la conclusion que Benoît ne perçoit pas bien le modèle de l'abbé comme maître, il se peut que le titre soit maintenu dans la section initiale pour souligner la charge abbatiale d'enseigner. Une citation du congrès des abbés de 1973, qui avait pour thème la figure du supérieur peut nous être utile :






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"En tant que maître, l'abbé ne doit pas se considérer comme un détenteur de toute la vérité, mais comme un compagnon, un instrument de communication de la vérité… "

Il est possible que dans la section initiale Benoît aie utilisé ce modèle, non tant parce qu'il le prenait à la RM., mais parce que cela lui était utile pour signifier plus clairement que l'abbé tient la place du Christ : Jn.,13,13-14:

"Vous m'appelez "le Maître et le "Seigneur" et vous dites bien, car je le suis.... Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que, comme je vous ai fait, vous fassiez vous aussi."

Le maître est celui qui sert, qui donne sa vie pour les autres. Cette explication nous aide à comprendre aussi RB.,36,10 : le contexte est celui du service mutuel. Le moine, tout disciple qu'il est, apprend de l'abbé à servir. Il semble que ce passage corresponde davantage à l'abbé qu'au moine :
- l'abbé doit être un vrai maître, en donnant aux autres l'exemple du service.

En conclusion :
Il semble que c'est une erreur de trop placer l'accent sur l'abbé comme maître, presque en opposition aux moines. Il est vrai que, comme Vicaire du Christ, l'abbé est vraiment maître, c'est à dire, quelqu'un qui sert les autres, en donnant l'exemple du service jusqu'à la mort.

2. Père et fils dans RB

La RB., n'emploie jamais le terme "fils" en faisant référence à la relation du moine avec son abbé, même dans le prologue 1-3 c'est Dieu et à la fois l'auteur de la règle, mais ce n'est certainement pas l'abbé.

A l'inverse de cela dans la RM nous trouvons :
RM., 2,30 frères-disciple-fils

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90,74 mais l'abbé l'avertira… : Mon fils…
92,8 mes frères et mes fils

Si on prend comme source du prologue (1-3) de RB l'Admonitio du Pseudo-Basile, dans ce cas aussi c'est l'auteur, le fils est lecteur-auditeur. Dans RB.,2,29 on trouve, dans la bouche de l'abbé, la citation biblique : "frappe de verges ton fils" mais il s'agit d'un fils tel que présenté dans la littérature sapientielle.
Tous les autres usages de ce mot se réfèrent à

1. consanguinité de la nature RB.,59 T, 1.8
2. paternité de Dieu (Pro1.,5,6.12;RB.,2,3;7,27)

L'utilisation du mot"père" est intéressant aussi,
- dans le prologue il indique toujours Dieu
- 2 fois il est employé pour l'abbé 2,24
"et montrer soit la rigueur d'un maître, soit la bonté d'un père " et
- dans RB.,49,9 ",.Car ce qui se fait sans la permission du père spirituel,.."

- De même le cellérier est appelé père : RB.,31,2
"...qui soit comme un père..."

RB.,33,5 : "il faut attendre du père du monastère tout le nécessaire"

Donc pour le moine, ce n'est pas seulement l'abbé qui est appelé père et l'utilisation du mot est encore ambiguë ; Dieu uniquement est appelé "paterfamilias" chef de famille,

1. La RB., n'établit jamais clairement une relation paternelle entre l'abbé et le moine.

2. Prol. 1-3 appartient à la forme sapientielle soit patristique ou biblique et nous aussi nous devons l'interpréter dans ce sens.



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Si nous analysons le mot "frère" dans RB nous aurons une nouvelle lumière. Selon Vogüé (commentaire de la Règle IV) dans la RB on remarque une fluctuation des termes techniques pour parler du moine :

- jusqu'au VIème siècle on utilisait surtout "frère"
- à partir du VIème siècle on commence à utiliser le mot "moine"

La RB fait exception et a des caractéristiques particulières, inexplicables pour A. de Vogüé. Sans entrer dans une estimation statistique, il semble que nous pouvons affirmer que quand Benoît emploie "frère" au lieu de disciple, il le fait consciemment, pas seulement de manière stéréotypée.

Résumons en disant :

1. Benoît préfère ne pas utiliser, à propos des relations communautaires, une terminologie tirée des relations de consanguinité. Les moines ne sont pas premièrement, principalement des fils de l'abbé ou du cellérier, mais spécialement des fils de Dieu.

2. Les relations mutuelles dans la communauté sont fondées sur le Christ en tant que tous les titres de l'abbé font référence au Christ. Nous aussi nous devons les voir de ce point de vue christologique.

3. La RB ne donne pas une claire structure des relations interpersonnelles mais propose plutôt à ce sujet une attitude qui est celle du Christ-même. L'abbé doit se comporter ainsi avec les moines et les moines entre eux aussi. Tout cela ne nous laisse pas nous enfermer dans une loi à suivre point par point.
L'abbé est donc celui qui doit laisser sa vie pour ses frères : à ce sujet l'utilisation du terme "quaerere", chercher, est très intéressant, deux des quatre fois i fait référence à l'abbé :
Prol.,14
RB.,2,35
RB.,27,8
RB.,58,7

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Notons l'ordre des citations :
- Dieu cherche le moine
- L'abbé cherche d'abord le Royaume de Dieu et sa justice
- L'abbé cherche la brebis perdue
- Le moine cherche Dieu

Donc, le moine cherche Dieu parce que Dieu cherche le moine. C'est un chemin que l'abbé a appris, lui qui en cherchant le royaume de Dieu cherche aussi la brebis perdue. C'est pour cela que l'abbé donne le bon exemple aux moines : RB.,72,5

A ce sujet, il faut lire :
M.CASEY, Discerning the true values of monastic life in a time of change, dans Regulae Benedicti Studia 3/4(1971-5)75-78

3. L'abbé médecin et pasteur

A Médecin

 couper à la racine:  RB.,2,26
   33,1
   55,18
 médicament des Écritures:  RB.,28,3
 médecin  RB.,27,1
   27,2
   28,2
 malade  RB.,39,1
 sain  RB.,27,1
   27,6
   35,1
   36,8
   64,1
 senpecte:  RB.,27,2

Pasteur

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 Troupeau :  RB.,2,8
   2,32.(bis)
   27,9
   28,8.
   63,2
   64,18
 pasteur :  RB.,1,8
   2,7.8.9.39
   27,8
 troupeau :  RB.,1,8
 père de famille :  RB.,2,7
 brebis :  RB.,2,7.10.39
   27,5.8
   28,8
 communauté :  RB.,3,1-66,8 =25 fois
 irrité :  RB.,31,16
 faible :  RB ,48,9





















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