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unumquodque vitium, a quo impugnatur; et sunt libri duodecim"(c'est la description exacte de l'œuvre de Cassien).

Il y a presque 50 ans, il y avait un autre auteur, B. CAPELLE Les oeuvres de Jean Cassien et la règle bénédictine, dans Revue Liturgique et monastique, 9(1929)307-319, qui commença à émettre quelque doute sur l'emploi de Cassien par Benoît, affirmant que RB.,68 est exactement le contraire de l'enseignement de Cassien et que Benoît n'est pas esclave de celui-ci. Il semble à WATHEN que la prudence de CAPELLE n'a pas rencontré d'auditoire. Aujourd'hui, quelques-uns uns, parmi eux, Leroy et Manning, soutiennent la position suggérée par Capelle, affirmant que Benoît n'a jamais lu Cassien, mais qu'il le connaissait à travers le Maître.

3. La Règle de saint Benoît et "notre père saint Basile"

A qui se réfère saint Benoît quand il parle de "notre père saint Basile" ? Rufin a traduit les "instituta monachorum". Peut-être avons-nous ici la clé pour comprendre l'emploi des institutiones dans la RB.

Pour saint Benoît, Institution et Règle sont la même chose et l'on peut employer indistinctement l'un ou l'autre mot. Benoît, en effet, au commencement de la Règle latine affirme :

"His vero qui aedificari divinis institutionibus indigent"

Mais, pourquoi Basile est-il appelé "notre père" ?



















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Selon Carosi, parce que Benoît employait la Règle de Basile à Subiaco, où fut écrit le chapitre 73 de RB.

Mais peut-être y-a-t-il des arguments internes pour expliquer le fait, et précisément dans les trois derniers chapitres de la RB :

RB.,73,6 oboedientiam, mais, quelle obéissance ?

RB.,71: obéissance mutuelle
RB.,72: obéissance humble et charitable.

En plus de cela, le Prologue 3-5 dépend de Basile, et précisément de la admonitio ad fìlium spiritualem. Pour ce fragment nous avons une sorte d'inclusion :

La RB
- commence par Basile
- termine par Basile

Mais, selon la loi de la critique littéraire, une inclusion est importante parce que tout ce qui est écrit entre la première et la dernière citation doit être interprétée dans le cadre de l'inclusion.

Mais pourquoi Basile est-il si important pour Benoît ?

Parce qu'il est très lié à l'Écriture,
que pour Benoît il représente la rectissima norma.

Observations de conclusion

a/ Nous n'avons pas la possibilité de traiter ici d'autres questions, très importantes, par exemple :

La relation de RB avec la Règle d'Augustin et avec la règle des pères.




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b/ On remarque dans les commentaires d'hier et d'aujourd'hui, la tendance à réduire toutes les sources de Benoît provenant de Cassien. D'où vient cette tendance et pourquoi ?

c/ Ici nous nous trouvons au cœur du problème de l'interprétation de la RB au moyen des sources, problème d' exégèse, mais aussi d'herméneutique !

E. Essai de conclusion

Wathen dit qu'il veut finir l'analyse du ch.73, non qu'il ait terminé l'argumentation sur le problème et les questions qui y touchent, mais seulement parce qu'il a désiré donner une bonne introduction à la problématique significative pour notre compréhension de la règle. Voyons attentivement le thème de saint Basile.

I Notre Père Saint Basile

La règle de saint Benoît s'achève avec une référence à Saint Basile, mais commence aussi, par une citation de saint Basile, ou au moins par une oeuvre qui lui est attribuée, à savoir : l'Admonitio ad filium spiritualem.

BASILIO (pseudo) Proemium




















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LEHMANN, P, Die Admonitio S.Basilii ad filium spiritualem, München, l955
Audi, fili, admonitionem patris tui et inclina aurem tuam ad verba mea, accomoda hi libenter auditum tuum et corde credulo cuncta quae dicuntur ausculta. Cupio enim te instruere, quae sit spiritalis militia et quidbus modis regi tuo debeas militare...Verba enim ista non sunt ex me sed prolata ex divinis fontibus. Neque enim novam doctrinam instruam te, sed ea quae didici a patribus meis.

RB.,prol.1-3
Obsculta fili, praecepta magistri et inclina aurem cordis tui at admonitionem pii patris libenter excipe et efficaciter comple, ut ad eum per oboedientiam laborem redeas, a quo per inoboedientiae desidiam recesseras. Ad te ergo nunc mihi sermo dirigitur...domino Christo vero regi militaturus

RB.,73,2-5
"sunt doctrinae sanctorum patrum ..; sermo divinae auctoritatis… conlationes patrum… et regula sancti patris nostri Basilii."

2. Examen de RB.,73 au moyen d'un modèle.

Nous utilisons maintenant pour l'investigation sur le chapitre, un modèle, ou plus exactement, une image qui peut nous aider à comprendre les principes de discernement de Benoît à travers les sources.

Il semble que de fait, RB.,73 nous invite à aller plus loin que la règle. Mais, où devons-nous aller pour connaître la doctrine, la signification, la plénitude de notre vie monastique ? Où pouvons-nous trouver les pulsations qui donnent le rythme à notre effort quotidien ?

WATHEN veut communiquer une image qui l'aide à réfléchir et aussi à mettre à l'épreuve sa réponse à l'invitation de Dieu.

la VIE MONASTIQUE est comme une danse autour de la TORAH



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Encore aujourd'hui les "HASSIDIM" font une danse autour du rouleau de la TORAH:

C'est une danse faite avec allégresse, dans l'exultation et presque permanente.
Parce que la loi de Yahvé procure une vie exubérante, pas seulement à l'âme, mais aussi à tout l'être humain.
Aussi le cœur se meut, participe, prie.

Voyons maintenant le schéma de la page suivante :

La structure de RB.,73,1-6 est une danse autour de la TORAH.
Il y a deux règles qui l'entourent entièrement
Celle de Basile et celle-ci de Benoît. Pourquoi ?

Basile maintient unis les autres cercles :

Il était un écrivain monastique,
Il était un père orthodoxe,
Il cite continuellement les Écritures.

Les deux, Benoît et Basile, nous guident vers le centre vivificateur, c'est à dire, la Bible, et en même temps ils tirent vie et inspiration de la Bible même. C'est un continuel aller et retour entre la Bible et la Règle, et dans ce va-et-vient tous les autres se trouvent compris. Dans ce discours entre aussi la relation entre la création et la révélation.














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- Là aussi il y a un aller et retour,

- mais toujours la révélation de la rédemption purifie la révélaton de la création.

Selon Augustin, il y a deux livres de la révélation : la Bible et la création qu'il faut toujours lire et discerner : le discernement qui se réalise dans le risque et l'ambiguïté, ne s'obtient jamais une fois pour toutes : il y a seulement une direction, une pulsation vivifiante.

Il y a aussi dans la Règle un autre exemple de cette danse, dans le projet de vie saisonnier :

- la fête de Pâques est au centre, à la fin du carême.

- Elle détermine aussi l'heure du repas journalier

- L'heure du repas détermine aussi le temps de la "lectio divina"

La "lectio divina" détermine le temps du travail (RB.,48-49).

Par conséquent, toute l'année est déterminée par Pâques, c'est à dire par la nouvelle Torah, la nouvelle alliance.

3/ Quelques réflexions sur le titre de RB.,73.

"De hoc quod non omnis iustitiae observatio in hac sit regula constituta".

a/ OBSERVATIO

On trouve en RB.,49T et RB.,49,1 RB.,73 T et RB.,73,1

Cette communion de vocabulaire montre un lien entre les deux chapitres :



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CARTON, L., "A propos des oraisons de Carême: note sur l'emploi du mot "observantia" dans les homélies de S.Léon" en Vigiliae Christianae,8(1954)104-114.

Carton conclut que le mot a plusieurs significations :

- L'observance d'une loi.

- la manière de la mettre en pratique.

- le zèle ou la ferveur avec lesquels on la pratique.

- Pour cela le Carême est lié aux trois pratiques du culte :

- la prière
- le jeûne
- l'aumône

qui ne sont pas simplement des pratiques extérieures mais qui réclament une attitude du cœur.






















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b/ IUSTITIA

Pour LENTINI, A. La Regola de S. Benedetto. Testo, versione, commento. Montecassino, 1947

"Omnis iustitia" fait allusion à Mt.,3,15 :

"...sic enim nos implere omnem iustitiam" (baptême de Jésus) qui signifie :

Nous ferons tout ce qui est nécessaire selon l'Écriture, en accomplissant la loi et les prophètes.

Benoît pour sa part, utilise fréquemment le mot "iustitia", que ce soit dans les citations ou les allusions bibliques.

Prol.,25        =  Psaume 49,16-17
RB., 2,9     =  Psaume 39,11 (Benoît ajoute "iustitia" au Maître)
RB., 2,14     =  Psaume 49,16-17
RB., 2,35     =  Mt., 6,32
RB., 4,33     =  1Cor.,4,12; 1Pierre 3,4
RB., 16,5     =  Psaume 118,60

En synthèse :

-Benoît ajoute deux fois "iustitia" aux citations tirées de RM

- Il y a d'autres passages où l'on trouve le mot :

RB.,2,5 (commun avec RM)
RB., 2,19 (iustitia dictante, propre à RB.)

Tout cela est très intéressant : pourquoi cette préoccupation pour la justice ? quelle est la notion de justice qu'avait Benoît ?






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Le mot garde relié le Sermon sur la Montagne : Mt.,6,1 et ss. qui parle de :

aumône

prière

jeûne

Avant cette section on lit: Mt.,5,48 :
"Soyez parfaits comme votre père du ciel est parfait"

Les deux mots (justice et observance) se réfèrent à la même réalité :

- la justice est plus biblique

- l'observance est plus liturgico-patristique

Pour cela "omnis iustitiae observatio" signifie la même chose.
Une fois de plus, Benoît nous conduit à la Bible et aux Pères orthodoxes qui se font l'écho de la doctrine biblique.
























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WATHEN paraphrase le chapitre en montrant ce qu'il signifie pour lui :

Notre père saint Benoît, selon un point de vue très différent, nous indique le centre, le noyau important de la vie monastique, c'est à dire :

LE CHRIST l'agneau pascal de la nouvelle TORAH

Le Christ se trouve au milieu de nous nous invitant à la danse autour de la Torah, dans laquelle nous dansons avec notre roi vers la croix, laissant (brûlant) notre vie pour les autres.

Ceci est le message de l'Écriture dont les pères se font l'écho, que la tradition monastique essaie de réaliser concrètement, dont la règle est seulement un commencement jusqu'à ce que, avec l'aide de Dieu et la protection du Christ nous arrivions aux plus hautes cimes de la doctrine et des vertus. AMEN.



























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