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Pour cette raison le monastère est une école

- c'est à dire : un lieu qui nous offre l'opportunité de l'espace et du temps pour servir les autres.

- un groupe social sous la conduite du Seigneur, qui nous a servis Lui le premier.

Pour cette raison la vie commune est une "école du service du Seigneur"

G. Les modèles: LES VIGILES

Le modèle des vigiles -louange nocturne- est un des plus utiles pour la vie monastique, parce qu'il nous dit que nous les moines nous sommes des hommes toujours ouverts sur le futur, à l'espérance, en observation, l'œil avisé. Plus encore, le modèle des vigiles inclut d'autres modèles, par exemple :

- la vie monastique comme écoute. Il est difficile de voir dans l'obscurité, il est nécessaire de prêter l'oreille pour écouter.
- il faut de la patience pour attendre l'aurore, pour que la rencontre ait lieu, au moins sacramentelle, avec le Christ ressuscité, notre Seigneur.

En plus le modèle est important parce qu'il n'a pas de préjudices, ni scientifiques, ni polémiques : les hommes d'aujourd'hui ne connaissent pas la vigile.

Dans le domaine liturgique il existe beaucoup d'études sur l'évolution des vigiles, tant monastiques que des chapitres cathédrales, mais pour WATHEN la question importante lui semble ne pas être seulement dans l'interdépendance mutuelle des divers types de vigiles, mais dans la signification propre de la vigile monastique. Quelques articles importants :




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G.PENCO, Nove luci sulla genesi dell'ufficio vigiliare, dans Rivista Liturgica 47(1960)236-42
A.BAUMSTARK, Nocturna laus, Münster 1957

Il semble que les influences sur la vigile bénédictine sont nombreuses ; à propos de cela, Penco écrit, commentant l'étude de BAUMSTARK

"Baumstark arrive même à affirmer que le système de l'ancienne vigile pascale avec les 12 leçons et répons, la tradition psalmodique pacômienne et la structure de la vigile d'une liturgie communautaire sud-italique, en étroite relation avec la tradition byzantine, constituent les trois éléments que le génial patriarche du monachisme occidental a insérés dans sa propre ordonnance liturgique"

Avant de passer à l'explication vraie et propre du modèle, occupons-nous brièvement de la section liturgique de la Règle de saint Benoît (c.8-20).

I. Le code liturgique
(RB.,8-20)

a/ Le code liturgique bénédictin et la RM

L'étude de G.PENCO est très importante, La liturgia de S. Benedetto e la Regula Magistri dans Rivista Liturgica 43(1956)32-49;95-110;158-173, selon laquelle, d'accord avec GENSTOUT, la section liturgique de la RM est mieux combinée avec le contexte. En effet, elle est précédée de la section qui traite du repos et du lever du sommeil (RM.,29-32) à laquelle fait suite, de manière naturelle, le chapitre sur les offices durant la nuit (RM.,33) et peu à peu le reste du code, qui occupe 17 chapitres (33-49).






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- dans la RB, en échange, le code liturgique suit brusquement le chapitre sur l'humilité, interrompant le cours de la narration.

Mais peut-être y-a-t-il une raison à ce changement :
- l'intime union de la doctrine et de la praxis dans la RB exige que l'opus Dei soit inséré entre l'explication vraie et propre aux deux aspects, parce que l'opus Dei est autant doctrine que pratique:
- du point de vue de la praxis, la vie quotidienne commence avec l'office divin et non par la vigilance des doyens (RM.,11)
- du point de vue de la doctrine, la vie monastique a son point culminant et sa réalisation vraie dans l'opus Dei.

b/ Autres sources de la RB à propos de la Liturgie

Arrivés à ce point nous touchons au problème des relations entre la liturgie bénédictine et la romaine, en plus de la liturgie des autres églises, comme par exemple l'ambrosienne ou la byzantine. Dans le code liturgique bénédictin il y en a quelque insinuation :

RB.,13,10, "...comme les chante l'Église romaine'' (à propos des cantiques des laudes).
RB.,9,4;12,4;13,11;17,8 : l'hymne ambrosienne.

Selon les experts l'usage de l'hymne ne se trouve pas dans la liturgie romaine avant le XIIème siècle, mais on peut la trouver à Milan et à Lérins.

RB.,11,8: l'usage du TE DEUM se rapporte aussi à Milan.
RB.,11,10: le TE DECET LAUS, en échange nous renvoie à la liturgie gréco-byzantine.

Tout cela nous montre que Benoît a combiné différentes traditions ecclésiales et monastiques.

c/ Le style littéraire



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Selon G.PENCO, La liturgia di san Benedetto e la Regula Magistri dans Rivista Liturgica 43(1956)32-49;95-110;158-173:

"Les ch. 8-20 qui forment le code liturgique de la RB., constituent, du point de vue rédactionnel, un bloc assez organique et unitaire, doté même de formes linguistiques particulières."

C.MOHRMANN, dans son article sur la latinité de saint Benoît, C.MOHRMANN, La latinité de S. Benoît. Étude linguistique sur la tradition manuscrite de la Règle dans Revue Bénédictine 62(1952)108-139., de même dans Études sur le latin des Chrétiens I, Rome 1961, 403-405, a indiqué que dans le code liturgique il y a quelques éléments linguistiques populaires, plus nombreux que dans le reste de la Règle. Ceci se déduit principalement de l'énumération des psaumes. Selon MOHRMANN, l'augmentation des formes nominatives démontre la mentalité de Benoît : il tient davantage à la compréhension qu'à l'élégance. Il se révèle ainsi comme un homme au cœur libre, qui quasi volontairement passe par-dessus les lois de la grammaire et de la syntaxe de l'école classique, encore en vigueur en son temps; le style n'est pas un élément formel et sacralisé. Ceci nous suggère l'attitude à avoir vis-à-vis de l'opus Dei ainsi que notre devoir de l'adapter aux exigences d'aujourd'hui.

d/ le contenu

Cela commence par l'organisation des vigiles :
RB., 8 : De l'office divin, la nuit
RB.,10 : Comment célébrer la louange nocturne, en été.
RB.,11 : Comment célébrer les vigiles, le dimanche
RB.,14 : Comment célébrer les Vigiles aux fêtes des saints
Les chapitres 12-13 traitent des Laudes:
RB.,12 : Comment célébrer Laudes
RB.,13 : Comment célébrer Laudes les jours ordinaires

qui constituent le sommet de l'oraison nocturne, comme cela se voit clairement dans le verset RB., 11,10 : "...puis la bénédiction donnée, commenceront les Laudes"

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Donc, 5 chapitres sur 11 traitent des vigiles et deux des laudes : on pressent que les vigiles constituent la partie la plus importante de l'office divin.

Selon G.PENCO (Op.cit.) dans le ch.16 nous avons la clé pour interpréter la mentalité de Benoît :

"Une chose paraît certaine : le Chapitre 16 se différencie complètement de tous les autres chapitres du code liturgique de la Règle parce qu'il est privé de normes de rubriques véritables et propres et parce qu'on le trouve au milieu de ce code, comme le divisant en deux parties...''

On peut ajouter que dans RB.,16 nous avons les termes les plus importants du code liturgique :
Divina opera
Le devoir de notre service v.2
Laudes Creatoris nostro v.5
Les noms des heures v.2 et 5

Donc, toutes les heures de l'office divin ont pour but de louer Dieu notre créateur. Examinons maintenant la signification vraie et propre de la vigile.

2. La signification de la vigile dans la vie monastique

Le fragment en question affirme que toutes les heures de l'office divin ont pour but de louer Dieu : le titre de RB.,10,11 appelle les vigiles "nocturna laus" d'où l'on peut comprendre que la louange nocturne est la louange par excellence. Cf. RB.,9,l (=Ps 50,17) :
"Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange"

L'office divin est fixé, dans ses divers moments, au moyen du soleil, et conduit le moine à une expérience réelle et concrète de Dieu créateur, source des saisons, tout cela principalement durant les vigiles, d'où il arrive que le moine en ait une expérience presque

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dure. Dans l'obscurité, l'homme se découvre lui-même sans défense, incapable et sans aide, impuissant, et il comprend sa condition de créature. Son unique espérance est en Dieu, le créateur de la lumière, que l'homme attend avec patience et espérance.

Selon Sirac, le sage veille pour méditer la loi du Très-Haut : 38,24-39,5; en contraste avec les autres travailleurs, qui se sont levés pour leur travail, l'homme sage :

"Le juste appliquera son cœur à veiller dès le matin auprès du Seigneur qui l'a créé"
"et sous le regard du Très-Haut, il se répandra en prières."

Il faut remarquer cette dernière phrase, en la confrontant avec le psaume du début des vigiles : "Seigneur, ouvre mes lèvres…"
Immédiatement après, dans Sirac, vient le cantique des créatures : 42,15-43,33.

Selon RB.,16,5, le créateur est loué "super iudicia iustitiae tuae" (entre autres choses il faut dire que
Benoît est toujours préoccupé par la justice : voir le titre de RB.,73). Il semble que la référence principale puisse être trouvée dans Isaïe 25,9:

"anima mea desideravit te in nocte sed et spiritu meo in praecordiis meis de mane vigilabo ad te. Cum feceris iudicia tua in terra iustitiae discent habitatores terrae."

b/ Utilisation du psaume

Ce psaume est si important pour la liturgie bénédictine qu'il est inséré dans le Prologue,10 :

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Peut-être les versets du Prologue, 8-11 sont-ils la meilleure explication sur la signification de la vigile bénédictine

3. La vigile en rapport avec le Carême et Pâques

Il y a une étroite relation entre le Carême - Pâques et les vigiles : nous pouvons le remarquer dans l'usage des mots :

 Pâques
 Carême
 RB.,8,1  RB.,15,2
 RB.,8,4  RB.,15,3
 RB.,10,1  RB.,41,6
 RB.,15,1  RB.,41,7
 RB.,15,4  RB.,48,10
 RB.,41,1  RB.,48,14
 RB.,41,7  RB.,48,15
 RB.,48,3  RB.,48,16
 RB.,49,7  RB.,49,T
   RB.,49,1
   RB.,49,2

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Il faut remarquer que Pâques comme Carême, se trouvent en plus des chapitres qui traitent de l'horaire (41-48) et spécialement dans celui qui parle du Carême (49), principalement dans les chapitres concernant l'organisation liturgique.

A/ Les saisons dans le calendrier bénédictin

En général toutes les saisons, dans les différents calendriers de la Règle, commencent avec Pâques :
RB.,41,1: De la sainte Pâque à....
RB.,48,3: De Pâques jusqu'au...
RB.,15,1: De la sainte Pâque à...

































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Seule la vigile a un calendrier différent, elle ne commence pas à Pâques mais par la période de l'hiver (RB.,9,1); l'été commence avec Pâques : RB.,10,1
Ceci paraît très important :

- Tous les calendriers bénédictins sont une conséquence de Pâques.
- Excepté la vigile, parce que ce n'est pas une conséquence de Pâques, mais elle regarde vers Pâques.

La vigile, donc, a un caractère pascal, d'espérance en la résurrection.

Selon les liturgistes, la vigile dépend de la vigile pascale : par exemple, les douze psaumes font écho aux douze leçons de Pâques. De même Saint Augustin dans le sermon 219 a affirmé :
"de toutes les saintes vigiles..."

Mais tout cela fait partie intégrante de la vigile, d'une attente, pour cette raison la vigile bénédictine est une attente dans l'espérance.

C'est intéressant aussi le fait que Benoît appelle la prière de matines : solennité (les laudes) ; le titre était, en général, dans l'antiquité, donné à la fête de Pâques. Chaque jour on célèbre la "solennité des matines", après les vigiles, comme on célèbre Pâques (solemnitas solemnitatum) après le Carême (RB.,49,7): "Pascha expectet", c'est-à-dire la victoire du Christ.


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Cela semble la meilleure interprétation pour le cri confiant du moine au moment de la profession monastique :
RB.,58,21: "...ab expectatione mea"

Mais, qu'attend le moine, sinon la victoire du Christ ressuscité
dans sa vie de maintenant et pour le futur ?

Mais avant, il faut mourir avec le Christ Prol.,50 (une phrase avec certainement une intonation pascale).

RM., Ths.,46 "ut et regno ejus Dominus nos fiat cohaeredes" RB.,Prol.,50 "ut et regno ejus mereamur esse consortes"

Benoît est plus proche des textes bibliques : 2 P, 3,.4; Rom.,8,17, mais, peut-être la référence est-elle à une lettre de Léon, (Ep.,3,6):

"Nec putet se quisquam in paschali festo habiturum esse consortium, qui fraternam pacem redintegrare neglegerit"

4. Essais de conclusion

Il semble que le modèle de la vigile soit un modèle très utile pour la connaissance profonde de la vie monastique, c'était pour Benoît une expérience quotidienne, ou plus exactement, une expérience nocturne, de la dimension pascale essentielle et existentielle de la vie monastique.















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Ce modèle n'est pas seulement une théorie abstraite mais une praxis précise, incarnée : dans la vigile le moine capte d'une manière presque tangible la réalité de sa vie, c'est-à-dire l'être de sa vie qui est une existence dans la foi, pour laquelle il faut la patience, l'espérance et la foi.

Il faut attendre, veiller, demeurer dans l'attente en écoutant la Parole de Dieu, qui exprime ses promesses. Dans le noir, en écoutant ces paroles, les moines les proclament l'un à l'autre, tandis que, ensemble, ils veillent dans l'attente du grand événement de la Pâque éternelle, c'est à dire, du royaume éternel et ils louent le Dieu créateur. Pour cela ils peuvent être heureux, demeurant joyeux et dans l'attente de Sa venue avec espérance!

Appendice : Les citations bibliques du code liturgique

Ps 50,17; RB.,9,1: "Domine, labia mea aperies,et os meum anunciabit laudem tuam"

Mat.,6,13; RB.,13,14: "sed et libera nos a malo"

Mat.,6,12; RB.,13,13: "Dimitte nobis sicut et nos dimittimus..."

Ps 118,164; RB.,16,1: "Septies in die laudem dixi Tibi..."

Ps 118,62; RB.,16,4: "Media nocte surgebam ad confitendum tibi..."

Ps 118,164; RB.,16,5: "...super judicia justitiae tuae..."

Prov.,15,3; RB.,19,1: "Oculos Dei in omni loco speculari bonos et..."

Ps 2,11; RB.,19,3: "Servite Domino in timore..."

Ps 46,8; RB.,19,4: "Psallite sapienter"




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Ps 137,1; RB.,19,5: "...in conspectu angelorum psallam Tibi..."

Ps 69,2; RB.,17,3;18,1: "Deus in adjutorium..."












































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