LE VOCABULAIRE DE L'OBÉISSANCE
| 1. Le mot | obéir | se trouve | 12 fois: |
| obéissant | " | 4 fois | |
| obéissance | " | 19 fois |
Ce qui fait au total 37 fois : Prol. RB 7
RB 68-73
8 en RB 5
5 en RB 71
On peut donc parler, dans ce cas aussi, d'une technique littéraire d'inclusion puisque la doctrine de l'obéissance se trouve au commencement et à la fin de la Règle comme dans une unité exposant la discipline ou la pratique concrète. De cette manière, la discipline met en pratique l'obéissance, ceci est la théorie, et la théorie illumine la discipline : dans la RB, il n'est pas possible de séparer la théorie de la pratique. En cela la RB diffère de la RM, où la section doctrinale se termine avec le chapitre 18, après quoi il s'agit uniquement de la discipline concrète.
En plus, l'utilisation des termes de l'obéissance concentrés quasi dans les chapitres 5 et 71 nous signifie que nous sommes au centre de la doctrine de l'obéissance de saint Benoît : les deux s'éclairent l'un l'autre.
2. Observations de synthèse sur l'analyse des termes.
a) L'obéissance comme écoute :
Prol 1-3
- écouter avec le cœur signifie mettre en pratique
- ceci est l'obéissance : l'écoute et la pratique
Il y a une étroite relation entre écouter et obéir (audire, ob-audire)
Il semble que saint Benoît s'est rendu compte de cette relation étymologique : RB 5,5 (cf. psaume 17,45)
De manière négative, il y a une comparaison entre désobéissance et incapacité à écouter : RB 2,27-28
Écouter ne se fait pas seulement avec l'ouïe mais avec l'homme tout entier, parce qu'il faut mettre en pratique
ce que l'on a entendu.
b) L'obéissance c'est se renoncer à soi-même.
Pour obéir il faut renoncer à sa volonté propre, à l'égoïsme. Par exemple :
Prol 3
RB 4,60
RB 4,61
RB 5,7-8
RB 5,12
Le moine renonce à sa volonté propre pour suivre le Christ (Prol.3)
- C'est pourquoi il désire un abbé qui lui enseigne les commandements divins auxquels il faut obéir.
RB 2, 4-6
c) L'obéissance comme engagement de toute la personne :
Prol 40
RB 2, 17
Prol 21
RB 2, 21
Il ne s'agit pas d'une pratique formaliste : RB 5,17-18
d) L'obéissance : écouter est un chemin vers Dieu
Non seulement l'obéissance à l'abbé mais à tous les frères : RB 71,1-2
- Le moine obéissant écoute tout le monde pour entendre la voix de Dieu
- Pour Benoît, chercher Dieu signifie écouter sa voix quelque soit l'endroit où elle parle :
RB 58,7-8
Pour Benoît, aller à Dieu en obéissant n'est pas chose facile, mais requiert quelque chose d'âpre et dur. De
plus dans RB 58,7 nous avons une autre suggestion :
- On peut écouter Dieu - lui obéir - aussi dans l'Office Divin, parce que là Dieu nous parle à travers
l'Écriture proclamée parmi nous :
Notons la correspondance entre ces deux phrases, une sur l'obéissance et une sur la ponctualité à l'Office Divin :
RB 5, 7-10 RB 43,1-3
L'office Divin entre donc dans la doctrine de l'obéissance, comme lieu d'écoute de la parole, ainsi la notion de l'Office Divin doit contenir en elle-même celle de l'obéissance, comme horizon des choses dures et âpres, comme renoncement à la volonté propre.
3.Envers qui l'obéissance ?
a) Dieu - le Christ
Prol 2
Prol.3
RB 5, 1-4
RB-5, 14-15
RB 5, 17-18
b) L'abbé
RB 3,5-6
RB 4, 61
c) La Règle
RB 3,10
RB 62,4
RB 62,11
4. Le pourquoi de l'obéissance
a) par crainte de Dieu
RB 5,9
Au bout du chemin, le moine accomplit toutes choses non plus par crainte mais par amour du Christ : RB 7,67-69
RB 5,2
RB 7,34
RB 68,5
RB 71,4
b) Le chemin de l'obéissance est un service
RB 2,20
RB 5,3
c) De cette manière le moine imite le Christ
RB 5,13
RB 7, 34
Ainsi comme le Seigneur a rencontré des choses dures et âpres, ainsi cela peut arriver aussi au moine obéissant,
RB 7,35
C'est la raison des "opprobria" de RB 58,7, qui se réfèrent aussi à l'obéissance.
Nous pouvons terminer en disant que :
- chercher Dieu signifie l'écouter, à savoir : dans l'Office Divin, l'obéissance et les opprobres.
- ces choses ne peuvent se séparer,
5. Un modèle militaire
Prol,3
Prol, 21
Prol, 40
RB 1,2
RB 1,4
RB 1,5
RB 2,20
RB 2,28
RB 3,4
RB 7,55
RB 22,8
RB 28,2
RB 30,3
RB 58,10
RB 61,10
RB 67,5
RB 69,4
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OBSERVATIONS DE SYNTHESE
1. Obéissance et bien commun
L'obéissance (comprise dans sa totalité) à l'abbé, à la Règle, aux frères, a comme but : L'ordre, la
tranquillité, la paix dans la communauté.
RB 65,21
Tranquille et obéissant sont quasi synonymes et d'une certaine manière étroitement unis à la notion de communauté,
- on déduit que la désobéissance détruit la paix : RB 2,8
- la discipline et l'obéissance dans RB sont étroitement unies : RB62,4
- il y a une relation intéressante entre obéissance et patience (RB 72,5-6)
pour cette raison, l'obéissance à la Règle (c'est à dire, la discipline)
à l'abbé et aux autres (exige la patience),
tout cela se change en tranquillité et paix ;
comme aussi l'autorité abbatiale peut s'expliquer uniquement comme charité et paix parce qu'elle est cimentée sur
ces vertus : RB 65,11.
C'est pourquoi l'autorité comme l'obéissance sont unies au bien commun.
2. Obéissance et tradition
La RB connaît bien l'autorité de la tradition, tant ecclésiastique que patristico-monastique : RB 73,5-6 et
"Les conférences des Pères, leurs Institutions et leurs Vies, et la Règle de notre Père Saint Basile,"
De même il existe dans le monastère une tradition, pour le moins orale, à laquelle tous doivent se
conformer : RB 7,55.
De là nous pouvons déduire que la tradition est une norme de vie pour tous.
Cette même RB nous donne l'exemple de l'obéissance à la tradition parce que Benoît, dans sa théorie sur
l'autorité et l'obéissance est fidèle à la tradition biblique et ecclésiastique ancienne. Par exemple il
utilise beaucoup Cassien (Borias n° 190), mais en ce qui touche à l'autorité comme service il suit
principalement Basile, en plus, comme nous le voyons dans le ch. 72, il est influencé aussi par Clément de Rome.
En synthèse, Benoît, au moyen de la tradition ancienne, corrige l'ascèse du Maître.
Benoît n'était pas quelqu'un qui suivait aveuglément la tradition, mais qui savait discerner une tradition
parmi beaucoup de traditions. Mais quel est son critère ?
Prol 21
RB 73,3
En suivant ce principe, Benoît considère Basile le plus fidèle de la tradition monastique à l'Écriture.
- C'est pourquoi Benoît nous donne, soit en parole, soit avec un exemple concret, un critère de choix pour
corriger continuellement notre mentalité. Nous devons être toujours ouverts, pour nous corriger et nous
purifier, dans notre tradition, en suivant l'évangile. C'est une invitation à laisser même la Règle, si
elle n'est pas fidèle à l'Évangile.
3.Que promet le moine dans RB 58,17 ?
- de se lier à la communauté, de se comporter comme un moine en étant obéissant.
- ces trois promesses ne peuvent être séparées, en tant qu'elles ont un horizon commun, plus communautaire.
Le moine ne promet pas explicitement obéissance à l'abbé. Il existe des formules modernes dans lesquelles on
promet explicitement à Dieu et au supérieur. Par contre, le moine bénédictin promet obéissance à la Règle,
par conséquent, à la vie monastique selon la Règle : RB 60,9.
- C'est pourquoi le moine promet obéissance à la vie monastique fondée, déterminée et guidée par la Règle.
Et la Règle exige :
- obéissance à la Règle
- " à l'abbé
- " aux frères
De cette manière, le moine établit une alliance avec Dieu à travers l'alliance avec les frères. La fidélité à
la Règle lui permet de rester fidèle aux frères, malgré l'inconstance et l'instabilité personnelle propre et
humaine en général.
La fidélité à la communauté est vécue concrètement dans l'obéissance à l'abbé, qui est au centre de la communauté comme une figure vivante et tangible du Christ, Seigneur et vrai Roi.
En conclusion :
L'essence de l'obéissance est d'écouter Dieu avec tout son être :
- C'est pourquoi dans l'existence concrète : le moine écoute Dieu à travers des intermédiaires, donc en
obéissant à la Règle qui exige l'obéissance à l'abbé,
- obéir à l'abbé n'est pas un commandement divin : le moine, dans la foi, espère de cette manière pouvoir écouter Dieu et, plus encore, réaliser ainsi l'imitation du Christ obéissant jusqu'à la mort.
- au contraire l'obéissance mutuelle des frères n'est pas un commandement arbitraire, ni uni à la tradition monastique, mais un précepte évangélique : tous ceux qui suivent le Christ doivent servir, obéir aux autres : RB 72 nous donne la réalisation concrète pour le moine.
La doctrine de l'obéissance dans la RB unit deux aspects :
1°. Pour écouter la voix de Dieu il est important d'écouter la voix de l'abbé qui explique les préceptes
divins, c'est à dire l'Évangile
2°. Pour écouter la voix de Dieu il est important d'écouter, aider, servir les autres ; et plus encore, il faut donner sa vie pour les autres. RB 71-72 nous explique le message évangélique et cela ne s'oublie jamais.